Raphaël Sévère : Un virtuose français de la clarinette venu en Amérique

 

June 2015

 

Raphaël Sévère a commencé par jouer du piano à l’âge de 3 ou 4 ans. En parallèle il a également commencé le violon puis le violoncelle, mais ce qu’il voulait vraiment faire c’était de jouer de la clarinette comme son père. Depuis qu’il était tout petit, Raphaël entendait son père travailler la clarinette à la maison. « En fait, l’histoire marrante est que mon père ne voulait pas que je fasse de la clarinette. C’est pour ça qu’il m’a mis au violon et au violoncelle alors que moi dès le début je voulais faire de la clarinette. Enfin à l’âge de 9 ans je lui ai dit que je l’entendais toujours jouer et que c’était vraiment ça que je voulais faire. J’avais l’impression d’avoir ce son là dans l’oreille. Il a fini par accepter que je joue de la clarinette. »

 

Raphaël est entré très jeune au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris dans la classe de Michel Arrignon. Raphaël raconte qu’il était alors obsédé par son son, ce qui le bloquait complètement. « Je ne pensais plus qu’à ça. Je réfléchissais trop en terme de son, de cherche de rondeur. Michel Arrignon a fini par me dire qu’il se fichait de mon son, que ce qui l’intéressait c’était ce que j’avais à dire musicalement. Ça m’a vraiment débloqué. Il m’a fait comprendre que le son c’était un moyen de s’exprimer, un vecteur, mais qu’au final ce n’était pas ce qu’il y avait de plus important. Il m’a fait comprendre que ce qui était le plus important c’est le discours musical. A partir de là j’ai pu vraiment me développer et me libérer. »

 

Ce que Raphaël aime particulièrement avec la clarinette, c’est qu’elle possède une grande tessiture sonore. L’instrument peut couvrir plus de quatre octaves. « Après j’aime aussi sa palette sonore très développée. C’est-à-dire qu’on peut faire naitre le son à partir de rien, du plus pianissimo jusqu’à jouer vraiment très très fort et large. Aussi ce qui est intéressant avec la clarinette c’est qu’on peut jouer sur différent timbre, un peu comme avec les instrumentistes à cordes lorsqu’ils jouent col legno, sul tasto, etc. On peut trouver tellement de couleurs différentes à la clarinette. On peut avoir un son très rond ou un son plus cru selon le répertoire ou les passages. Au final, la clarinette est assez proche de la voix humaine parce qu’on fonctionne avec la respiration. Pour cette raison si on veut faire une phrase il faut la réfléchir comme le ferait un chanteur. Toute la gorge et toute la bouche influent sur ce qu’on fait, exactement comme pour le chant. Tout ça me plait beaucoup parce que c’est un moyen d’expression qui est très développé. »

 

S’il ne pouvait pas jouer de la clarinette, Raphaël composerait. « Écrire de la musique, c’est quelque chose qui m’a toujours attiré et que je pratique en parallèle, secrètement. Mais ça reste confidentiel, je ne l’assume pas totalement, c’est très différent de l’interprétation. » Selon le clarinettiste, composer est une mise à nu qui est beaucoup plus totale. Soumettre une de ses compositions au jugement d’un public c’est une possibilité de balayer tout un travail en l’espace de quelques minutes. « C’est un peu comme une bouteille à la mer, on ne sait pas vraiment si ça plaira ou pas. Au final, c’est tellement personnel. Lorsqu’on compose on sait ce qu’on veut dire, mais on ne sait jamais trop comment ça sera reçu ou si ça parviendra à atteindre le but fixé. Et ça, ça me fait un petit peu peur pour le moment. »

 

Les musiciens européens ne sont pas forcément connus aux États-Unis. D’une part parce que c’est assez loin en terme de voyage et d’autre part parce que c’est assez compliqué en terme de visa. Ainsi surtout pour les jeunes musiciens européens, ce n’est vraiment pas évident de lancer sa carrière aux États-Unis. Heureusement pour Raphaël, en remportant les auditions de Young Concert Artists, les portes de l’Amérique se sont ouvertes à lui. Young Concert Artists permet depuis plus d’un demi-siècle de lancer des carrières de jeunes musiciens aux États-Unis. Jouer aux États-Unis était un des grands rêves du jeune clarinettiste. « Sans le concours, je n’y serais peut-être jamais allé. Ça m’a permis de rencontrer d’autres gens, des organisateurs de concert, mais d’autres musiciens aussi. »

 

Un des projets qui tient le plus à cœur à Raphaël est de développer la carrière de l’Ensemble Messiaen qu’il a fondé il y a un an. La formation à géométrie variable réunit quatre musiciens solistes qui ont leur carrière chacun de leur côté, mais qui se réunissent pour faire de la musique. « Ça marche vraiment très bien autant musicalement qu’humainement. J’aimerais voir l’ensemble jouer de plus en plus. L’instrumentation de l’ensemble permet une infinité de répertoires. Du coup ça nous permet de construire des programmes riches et variés, et aussi de faire des intégrales de compositeur. C’est vraiment très intéressant, il y a une vraie démarche musicale derrière ce que l’on fait. »

 

Alors que la génération précédente avait le culte du soliste super star, la génération de Raphaël n’a pas peur de sortir des sentiers battus et de former des ensembles ou de créer des séries de concerts et des festivals. « Jouer en soliste c’est très bien, mais l’essence de la musique c’est aussi de jouer ensemble. Selon moi, la musique de chambre est le genre le plus important et le plus épanouissant. Depuis que je suis tout jeune, je fais pas mal de tournées et quand on se retrouve tout seul à jouer avec des orchestres ou même tout simplement tout seul durant plus d’un mois à l’étranger ça peut être dur par moment. Mais quand on se déplace à plusieurs, en plus avec des amis et des super musiciens ça change tout. »

 

Raphaël aime particulièrement la musique de chambre. Le fait de confronter plusieurs visions à titre d’égal sur une interprétation est pour lui ce qu’il y a de plus enrichissant. La musique de chambre c’est un peu comme une répétition de la vie réelle. Aussi, la musique de chambre offre une plus grande liberté au musicien. « Lorsqu’on joue avec orchestre, il y a pas mal de contraintes. C’est une expérience gratifiante, mais on se rend vite compte qu’on ne peut pas faire tout ce qu’on veut. Il faut faire beaucoup de concessions et s’adapter en souvent très peu de temps. Alors qu’en musique de chambre on a l’occasion de travailler beaucoup plus en amont, de faire plein de répétitions. Ainsi on a l’occasion d’offrir une interprétation beaucoup plus travailler, beaucoup plus fouillée. »

 

Il va sans dire que Raphaël Sévère à une belle carrière qui s’annonce devant lui. Il deviendra probablement un des grands clarinettistes de sa génération. « Quand un rêve se réalise, il y en a un autre qui apparait pour aller encore plus loin. Surtout en tant que musicien, on est constante évolution. Il n’y a jamais d’acquis. Il n’y a pas un moment où on arrive et on se dit que ça y est on est au sommet, on n’a plus rien à apprendre. Ce serait assez triste. »

Published on The Huffington Post on April 2015:

https://www.huffpost.com/entry/young-french-clarinetist_b_7107042