Alexandre Da Costa : Sans les conservatoires je n’aurais jamais pu faire carrière

 

September 2014

 

« Sans les conservatoires, je n’aurais jamais pu faire carrière », déclare le violoniste Alexandre Da Costa. Lorsqu’il y a étudié de l’âge de 8 à 18 ans, le conservatoire était une institution absolument gratuite. Ce qu’il fallait pour y entrer et y rester c’était le talent et le travail. Les élèves donnaient leur temps et leur sérieux pour l’étude d’un instrument et l’institution mettait tout le reste sur la table afin de fournir une éducation de très haut niveau. Da Costa est un ambassadeur de la musique classique qui a d’abord été formé au Québec. Il a ensuite été parfaire son éducation musicale à Vienne et en Europe. « Je peux dire que 90% de ce que je suis comme musicien aujourd’hui c’est grâce au conservatoire québécois. Je suis un grand défendeur de l’institution. Il faut mentionner que sans les conservatoires je n’aurais pas pu faire de la musique. Donc je veux défendre l’institution et je pense que n’importe qui qui fait carrière aujourd’hui et qui a été au conservatoire va faire la même chose. » 

 

Nous avons une superbe expertise au Canada. Spécialement au Québec et en grande partie grâce aux conservatoires. Pour qu’une société s’épanouisse, les arts sont tout aussi importants que les sciences et la recherche. « Il faut garder en tête que l’avancement d’une société ce n’est pas seulement un avancement financier ou scientifique, mais également culturel », rappelle Da Costa. « Il faut aider les jeunes créateurs à pouvoir se développer. Il ne faut surtout pas tomber dans l’élitisme. C’est problématique lorsqu’on commence à fermer des institutions gratuites parce que ça rend les arts – la musique classique en l’occurrence – accessibles seulement à ceux qui en ont les moyens. Et le talent n’apparait pas seulement dans les familles riches. »

 

« Bien que les États-Unis est un pays capitaliste, ils comprennent qu’il faut investir dans la prochaine génération. Nous aussi au Québec avons de grands mécènes comme Canimex et les Dubois, Power Corporation et les Desmarais, la famille Bombardier, etc. Mais notre notion de philanthropie n’est pas encore aussi développée que chez nos voisins américains. Ça prendrait des décennies pour changer – des décennies que nous n’avons pas si nous fermons les conservatoires. » En perdant l’aide financier de l’état, plusieurs générations de musiciens québécois seront perdues. Cela prendra des années pour reconstruire quelque chose qui remplacera les conservatoires d’aujourd’hui. Sans compter que nous en perdrons probablement notre réputation internationale. « Aujourd’hui, nous avons des artistes de très haut niveau comme Yannick Nézet-Séguin, le Cirque du Soleil, Marie-Nicole Lemieux et les autres, qui sont sorties des conservatoires québécois. Pour garder ce niveau international, on doit garder les conservatoires en vie », pense le violoniste québécois. « Il ne faut pas seulement soutenir le système en vie, mais il faut retourner dans le passé et remettre les subventions, celles à la création des conservatoires il y a 30, 40 ans. À sa création le conservatoire était une loi au Québec, pas simplement un projet social, mais une loi que Wilfried Pelletier a fait adopter. »

 

Couper les conservatoires, ne nous rendra pas plus attirant financièrement et scientifiquement, au contraire. Notre société deviendra de plus en plus étroite. « Les grands cerveaux sont souvent de grands consommateurs de culture et d’art. Les grands cerveaux ont aussi besoin de culture », évoque Da Costa. « Il faut avoir ce genre d’offre pour avoir une société très avancée. »

 

« Être musicien c’est pouvoir donner un cadeau culturel et donner un sens à la vie », croit Da Costa. « Un écrivain, un artiste en art visuel, un musicien font tous partie de la même catégorie. On a besoin des arts pour vivre, comme manger, boire et dormir. Après avoir sauvé la vie d’une dizaine de patient dans sa journée, le chirurgien a besoin de manger, boire et de se changer les idées : de revenir à la vie. » Il faut pouvoir avoir une échappatoire mentale pour rester le plus équilibré possible. En tant que société de plus en plus avancée, avec toute la pression que l’on se met sur les épaules, c’est plus important que jamais d’avoir une offre culturelle adéquate.

 

Notre culture et notre éducation vont en parallèle avec notre société. Comme le dit Alexandre Da Costa, nous sommes une société nord-américaine, mais aussi européenne. Donc à la fois très pragmatique et, de par son histoire, très sensible à la culture. Le violoniste pense que ce caractère hybride typique à notre société est parfait pour l’artiste d’aujourd’hui. « Nous avons besoin du contenu et du contenant. Je pense qu’ici au Québec on a la combinaison parfaite pour former des artistes qui utilisent le cerveau de droite et de gauche. » Il est vrai que le Québec a un microclimat culturel unique.  La province forme des artistes internationaux qui vont pouvoir se défendre dans toute sorte de conditions, de sociétés et partout au monde. « C’est la preuve que notre système fonctionne », déclare Da Costa. « Notre société forme des super stars. Il ne faut pas changer la formule. Lorsqu’une formule est gagnante, il faut la garder. »

 

Le Québec est chanceux d’avoir des conservatoires. Nous sommes chanceux de pouvoir vendre nos produits à l’étranger grâce aux ambassadeurs culturels que nous avons. Avec Céline Dion, Yannick Nézet-Séguin ou le Cirque du Soleil nous créons une qualité de culture, une qualité de chez nous. « Notre culture, c’est ça que les gens retiennent du Québec. Par la qualité de notre culture, on se crée une image à l’étranger et on met les gens de notre côté. En reconnaissant la qualité de notre culture, les gens reconnaissent le haut niveau de notre éducation. Après on peut parle de n’importe quels de nos produits à l’étranger – que ce soit un produit intellectuel, financier ou technologique – et on trouvera preneurs. Nos ambassadeurs culturels sont aussi importants que Bombardier. La culture au Québec donne une image d’avancement mondial aussi important que Bombardier », conclut Da Costa.